Auteurs et récits engagés ?

L’avis de Jean-Pierre Andrevon
Dès les premières lignes d’écriture on s’engage. On écrit ce qu’on ressent de toute façon. Parfois l’écrivain n’est pas toujours engagé mais devient enragé.
On écrit pour ou contre quand on est soi-même révolté. Ca ne veut pas dire que nous sommes des journalistes ni des politiques, nous écrivons des histoires. Mais ce qu’on est, primordialement, ressort.

L’avis de Lionel Davoust
Je suis d’accord avec ce qui a été dit. Quand on écrit on s’engage un minimum. Il y a aussi l’idée dans « engagé » de faire passer un message. Pour moi non, ce n’est pas l’endroit pour donner des réponses et surtout pas les miennes. La littérature est plus l’endroit où poser des questions. Quand j’ai un avis je m’efforce de prendre le parti inverse. C’est ce qui permet de donner à tout le monde son temps de parole.

Christophe De Jerphanion, médiateur
On retrouve cette ambiguïté dans Léviathan, finalement ?

Lionel Davoust
Effectivement, dans mon utilisation de la voie de la main gauche, voie de la main droite. Rapidement, la main droite prône l’idée que l’homme veut comprendre le monde, la main gauche sa propre ascension. Pour moi il n’y a pas l’un ou l’autre, mais tout un ensemble. Ce sont des choix que l’on fait au jour le jour, il n’y a pas de manichéisme.
Le but est de poser des questions et d’ouvrir des portes. C’est au lecteur d’avoir ensuite ses responsabilités.

L’avis de Carina Rozenfeld
J’écris pour la jeunesse donc ce n’est pas l’idée d’amener ma parole, c’est plus stimuler la curiosité, apporter un plaisir de lecture. Mes héros sont plus engagés que moi. Je ne fais que proposer une histoire.

L’avis de David Antony Durham
Oui, je suis engagé. Je n’ai pas vraiment eu le choix puisque j’ai grandi en tant que noir aux États-Unis. J’ai donc une conception de l’histoire complètement différente. Je me suis intéressé au passé historique de mon pays car on peut difficilement comprendre son présent sans ça. Ce qui m’intéresse c’est la vie des petites gens ordinaires, comment on exploitait les gens qui n’avaient pas le pouvoir.
On peut inventer tant de monde, c’est bien, mais quand on se penche sur la structure du monde fantaisiste on remarque qu’il n’est pas bien éloigné du monde réel : drogue, violence, etc.
Et j’ai pensé qu’avec la fantasy je pouvais joindre plus de lecteur. Toucher, grâce à un autre univers, un lectorat non intéressé par ces thèmes là au départ (esclavagisme, si on prend son deuxième roman).

Christophe De Jerphanion, médiateur
L’engagement est-il plus efficace avec l’imaginaire qu’avec une littérature dite blanche ou généraliste ?

L’avis de Jean-Pierre Andrevon
Tout dépend de ce qu’on écrit et de la manière dont on écrit. Il n’y a pas une différence fondamentale entre les littératures. On parle toujours de la même chose. Quelque soit la manière dont on aborde un récit, on a ça en soi : discerner ce qui semble être bien et mal. C’est la manière d’amener le récit, de faire comprendre les choses qui compte. De mon côté veux dire les choses et je pense qu’elles sont justes. Je veux dire que ça existe, leur faire croire (aux lecteurs) des choses qui se passent. Même pour la jeunesse il faut les aider à choisir je pense, leur dire fermement et clairement. Hitchcock disait : « meilleur est le méchant meilleur est le film ».

L’avis de Carina Rozenfeld
La littérature de l’imaginaire est une évidence pour moi. J’ai toujours baignée dedans par mon ambiance familiale et mes goûts. Ca m’est naturel. A travers les aventures il y a quelque chose du domaine de la création de sa réalité. Ce qui est une forme d engagement : créer sa propre réalité. On se confronte à des situations qu’on ne vivra a priori jamais mais qui nous font réfléchir sur notre réalité. Elle permet également de rendre des situations difficiles plus abordables.

Le mot de la fin

L’engagement veut aussi dire faire confiance à son lecteur et à sa capacité à se faire son opinion, ce n’est pas seulement apporter des solutions. Ce que nous montre avec majesté l’exemple des mondes bloqués de 1984 et Le meilleur des mondes.

par Ania Vercasson

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